Note de l'éditeur — MEDASH. Cette note d'analyse propose une synthèse des principaux enjeux qui structurent l'action du Fonds international de développement agricole (FIDA) au Tchad, à partir de sources publiques de référence (Tchadinfos, Agence Ecofin, FIDA, FAO — voir « Sources » en fin de note). Elle en propose une lecture transversale à la lumière des domaines d'intervention de MEDASH SARL — énergie, numérique et ancrage local — et a vocation à nourrir le dialogue avec les partenaires techniques, financiers et opérateurs économiques actifs dans le secteur agropastoral tchadien. Elle ne constitue ni une prise de position officielle du FIDA ou de toute autre institution, ni un document contractuel.

1. Contexte général

L'agriculture occupe une place centrale dans l'économie tchadienne : elle représente près de 38 % du PIB et fait vivre environ 70 % de la population, l'essentiel sous forme d'exploitations familiales agropastorales. Le pays dispose d'un important potentiel agro-sylvo-pastoral, mais celui-ci reste largement sous-exploité face à un déficit structurel en produits vivriers, à une forte exposition aux chocs climatiques (variabilité des précipitations, inondations récurrentes, avancée de la désertification) et à un accès limité aux infrastructures rurales de base (pistes, aménagements hydroagricoles, marchés).

Le FIDA accompagne le Tchad depuis plusieurs décennies, à travers une succession de cadres stratégiques pays (COSOP 1999-2009, COSOP 2010-2015, Note Stratégique Pays 2017-2019, COSOP 2020-2025). Une évaluation du programme pays conduite en février 2026 a porté sur un portefeuille cumulé de plus de 370 millions de dollars sur les dix dernières années et a conclu à une performance globalement satisfaisante. Ses conclusions serviront de base à l'élaboration, en 2026, du nouveau cadre stratégique pays (COSOP) qui définira les priorités de coopération pour les prochaines années.

2. Productivité et résilience des exploitations agropastorales familiales

Le principal levier d'action du FIDA au Tchad a longtemps été le projet RePER (Renforcement de la Productivité des Exploitations agropastorales Familiales et Résilience), doté d'un financement total de 81,9 millions d'euros dont 54,6 millions apportés par le FIDA. Déployé dans la zone sahélienne du pays (Guéra, Batha, Hadjer Lamis, Chari Baguirmi et Salamat), ce projet a touché plus de 208 500 ménages, soit plus d'un million de personnes, à travers des aménagements hydroagricoles, la réhabilitation de pistes rurales, l'intensification des systèmes de production familiale et l'appui à la valorisation des produits agropastoraux.

Les résultats observés sur la durée du projet montrent des gains de rendement agricole de 30 à 50 % selon les années, et plus de 15 000 producteurs maraîchers et agropastoraux formés à travers les champs-écoles paysans (CEP), un dispositif de vulgarisation qui a démontré sa capacité à générer une adoption quasi-totale des techniques enseignées par les bénéficiaires. Ces résultats illustrent l'importance, pour le FIDA, de combiner infrastructures physiques, appui-conseil agricole de proximité et renforcement organisationnel des producteurs.

3. Entrepreneuriat des jeunes et des femmes dans les chaînes de valeur agro-sylvo-pastorales

À la suite de RePER, le Tchad et le FIDA ont lancé le projet RENFORT (Projet de Renforcement de l'Innovation dans l'Entrepreneuriat agropastoral), doté d'un financement de plus de 100 millions de dollars sur six ans, mobilisant également le Fonds vert pour le climat. Ce projet, qui couvre neuf provinces (dont Lac-Tchad, Chari-Baguirmi, Mayo Kebbi-Est, Moyen-Chari, Mandoul, Tandjilé, Salamat et N'Djamena), vise environ 82 000 bénéficiaires directs — dont 70 % de jeunes et 30 % de femmes — et 435 000 bénéficiaires indirects.

L'objectif central de RENFORT est de promouvoir l'intégration économique durable des jeunes dans les chaînes de valeur agro-sylvo-pastorales et halieutiques, à travers le développement de micro, petites et moyennes entreprises agricoles. Ce projet traduit un glissement stratégique du FIDA, de l'appui direct à la production vers le soutien à la transformation, à la commercialisation et à la création d'emplois décents pour les jeunes ruraux, dans un pays où la pression démographique sur les terres agricoles s'accentue.

4. Adaptation au changement climatique et gestion des ressources naturelles

Le Tchad est l'un des pays les plus vulnérables au changement climatique en Afrique, avec une variabilité croissante des précipitations, une évolution préoccupante de la biomasse pastorale et une pression accrue sur les parcours sahéliens partagés entre agriculture et élevage extensif transhumant. Le FIDA mobilise à cet effet des financements complémentaires dédiés à l'adaptation, notamment à travers le programme ASAP+ (Programme d'adaptation de l'agriculture paysanne), qui appuie le suivi des nappes phréatiques, le renforcement des directions techniques agricoles et des activités spécifiques autour du Lac Fitri.

Le Tchad est également intégré dans des initiatives régionales sahéliennes, telles que le Programme conjoint pour le Sahel (FAO/FIDA/PAM/G5 Sahel) en réponse aux défis combinés de la COVID-19, des conflits et du changement climatique, ainsi qu'un programme régional de résilience climatique couvrant sept pays du Sahel et ciblant les filières céréalières (mil, maïs, sorgho, arachide) et d'élevage (bovins, ovins, caprins, volailles).

5. Leviers transversaux : énergie, numérique et ancrage local au service des projets FIDA

Les trois axes précédents — productivité agropastorale, entrepreneuriat des jeunes et des femmes, résilience climatique — convergent vers un constat commun : la performance des projets FIDA au Tchad dépend largement de deux infrastructures sous-jacentes. D'une part, l'accès à l'énergie conditionne le fonctionnement des systèmes d'irrigation, la conservation des récoltes (séchage, stockage, chambres froides) et la transformation locale des produits agropastoraux dans des zones rurales souvent non raccordées au réseau électrique national.

D'autre part, la numérisation et la sécurisation des outils de suivi — bénéficiaires des projets RePER et RENFORT, cartographie des aménagements hydroagricoles, traçabilité des chaînes de valeur — renforcent la capacité de pilotage des Unités de coordination et de gestion de projet (UCGP) et facilitent le reporting auprès du FIDA. Ces solutions techniques, pour être durables, doivent s'appuyer sur une expertise locale capable d'assurer la maintenance, l'adaptation au contexte tchadien et la coordination avec les autorités nationales.

Schéma des leviers transversaux au service des projets FIDA au Tchad Diagramme en pyramide montrant trois piliers — productivité agropastorale familiale (RePER), entrepreneuriat des jeunes et des femmes (RENFORT), résilience climatique (ASAP+) — reposant sur deux infrastructures transversales, l'énergie solaire et le numérique sécurisé, l'ensemble convergeant vers la sécurité alimentaire et la résilience rurale au Tchad. Sécurité alimentaire et résilience rurale au Tchad 🌾 Productivité agropastorale Aménagements hydroagricoles, champs-écoles (RePER) 👩‍🌾 Jeunes & femmes Chaînes de valeur agro-sylvo- pastorales et halieutiques (RENFORT) 🌦️ Résilience climatique Suivi des nappes, filières céréalières & élevage (ASAP+) INFRASTRUCTURES TRANSVERSALES — LEVIERS MEDASH Énergie solaire Irrigation, séchage, stockage, chambres froides 💻 Numérique & traçabilité Suivi des bénéficiaires, cartographie SIG, reporting

Schéma original MEDASH : les trois piliers des projets FIDA au Tchad — productivité agropastorale (RePER), entrepreneuriat des jeunes et des femmes (RENFORT) et résilience climatique (ASAP+) — reposent sur deux infrastructures transversales, énergie solaire et numérique sécurisé, déterminantes pour la performance et le suivi des programmes.

6. Pistes de collaboration pour les opérateurs économiques tchadiens

Les projets financés par le FIDA au Tchad génèrent des opportunités concrètes pour les opérateurs économiques locaux, à travers des appels d'offres nationaux portant sur les travaux d'infrastructure (pistes rurales, aménagements hydroagricoles, bâtiments de coordination de projet), la fourniture d'équipements agricoles, et des prestations de services (formation, appui-conseil, études techniques), passés selon le Code des marchés publics tchadien en cohérence avec les directives de passation du FIDA. MEDASH SARL, cabinet basé à N'Djamena intervenant dans les études économiques et sociologiques, l'intégration informatique et la fourniture de matériels et de services internet, identifie quatre pistes de collaboration concrètes :

  1. Électrification solaire des infrastructures agricoles. Déploiement de kits et mini-réseaux solaires pour les systèmes d'irrigation, le séchage, le stockage et les chambres froides des produits agropastoraux dans les zones d'intervention de RePER et RENFORT, afin de réduire les pertes post-récolte et prolonger la chaîne de valeur localement.
  2. Numérisation et traçabilité des chaînes de valeur agro-sylvo-pastorales. Mise en place d'outils de suivi des bénéficiaires, de cartographie SIG des aménagements hydroagricoles et de plateformes de reporting interopérables, adaptés aux exigences de suivi-évaluation des Unités de coordination et de gestion de projet (UCGP).
  3. Études économiques, sociologiques et diagnostics territoriaux. Cartographie des filières (mil, maïs, sorgho, arachide, bovins, ovins, caprins, volailles), études de faisabilité et diagnostics de zones pour appuyer l'élaboration du nouveau cadre stratégique pays (COSOP 2026) et orienter les investissements des partenaires techniques et financiers.
  4. Accompagnement des opérateurs tchadiens sur les marchés publics FIDA. Veille sur les appels d'offres liés aux projets FIDA, appui à la mise en conformité avec les procédures de passation, et représentation locale — basée à N'Djamena — dans les zones rurales d'exécution, une exigence fréquente pour les soumissionnaires non implantés sur place.

7. Synthèse

Les enjeux qui structurent l'action du FIDA au Tchad s'articulent autour de quatre axes complémentaires : l'augmentation durable de la productivité agropastorale familiale, l'intégration économique des jeunes et des femmes dans les chaînes de valeur agro-sylvo-pastorales et halieutiques, le renforcement de la résilience climatique des systèmes de production, et la mise en œuvre opérationnelle de projets territorialisés mobilisant des financements importants.

L'élaboration prochaine du nouveau cadre stratégique pays (COSOP) 2026 constitue un moment clé pour les acteurs économiques et institutionnels tchadiens souhaitant s'inscrire dans cette dynamique. MEDASH se tient à la disposition du FIDA, de ses unités de coordination de projet et des partenaires techniques et financiers souhaitant approfondir l'une de ces pistes dans le cadre de leur programmation au Tchad.

Sources

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